Cueillette

Cueillir, c’est faire le plein de nature, s’enivrer des senteurs de la terre.

Cueillir, c’est faire le plein de nature, s’enivrer des senteurs de la terre. C’est retrouver la saveur des plantes, des choses simples, et enfin le plaisir de partager ce qu’on a ramené.

Nous avons la chance, dans le Pays des Ecrins, de vivre au sein d’une nature riche, généreuse et préservée. Les hommes et les femmes de ces montagnes ont toujours entretenu un lien étroit avec le monde végétal. Nos grand-mères cuisinaient l’épinard sauvage, nos grand-pères tiraient une huile du prunier de Briançon. Les enfants fabriquaient des jouets. Nous, héritiers, continuons de nous régaler d’une soupe d’ortie ou d’une tisane d’hysope. Si la mémoire des plantes, de leurs usages, a pu traverser les âges et les générations, l’enjeu aujourd’hui est de préserver cette ressource. Parce que si nous cueillons mal, si nous cueillons trop, nous mettons cette richesse  en danger. Alors cueillons, jouons, soignons-nous, profitons de ce cadeau exceptionnel mais avec soin et prudence.

Dominique Coll, ethnobotaniste de terrain, et Laetitia Giroux, cueilleuse de plantes médicinales, vous confient leurs techniques de cueillette et ce qu’elles ont appris du monde sauvage.

https://www.youtube.com/watch?v=2xlHYXVLZ6M

L’art, la manière et la retenue

Il faut savoir que certaines plantes sont protégées, leur récolte est interdite ou réglementée. C’est ici le cas des génépis, de l’arnica, de la gentiane jaune.Veillez à bien vous renseigner au préalable et vérifier que vous n’êtes pas dans le périmètre du Parc National des Ecrins. 
Ne cueillez que les plantes présentes en quantité importante. Et veillez à laisser intacte une bonne proportion pour la reproduction de l’espèce et pour permettre aux animaux de se nourrir à la mauvaise saison.

Certaines espèces comme la grande ortie, le pissenlit sont simples à ramasser. D’autres demandent plus de précautions, les ligneuses par exemple, comme la lavande, l’hysope, ou le thym. Si nous coupons dans la partie boisée, la plante risque de ne pas repousser l’année suivante. Il faut tailler dans la partie verte et souple et conserver la forme boule qui leur permet de continuer à se développer harmonieusement.

On cueille à la main, au sécateur ou à la faucille, les outils nettoyés et bien affûtés. Cela évite de propager des maladies et permet une bonne cicatrisation de la plante. On ne piétine pas, on évite de cueillir en groupe. Par respect pour le travail des agriculteurs, on ne pénètre pas dans un pré de fauche. Une herbe couchée ne pourra pas être fauchée et les troupeaux manqueraient de fourrage pour l’hiver. 

Les plantes se récoltent par temps sec, car les plantes mouillées sont plus difficiles à transporter, à sécher, à conserver. Evitez les sacs en plastique qui accélèrent le processus de décomposition, préférez un sac en tissu ou un panier. N’oublions pas que sitôt cueillie, la plante entame son processus de décomposition. Elle va rapidement perdre son goût et ses propriétés. Certaines peuvent même devenir toxiques si elles entrent en fermentation, comme l’aspérule odorante ou le mélilot… Donc une règle : si elles noircissent, on jette. Afin d’éviter tout gâchis, ne prenons que ce dont nous avons besoin et trions, transformons, ou séchons le plus rapidement possible.

Prenez soin de vous

Mais surtout, ne cueillez jamais des plantes que vous ne connaissez pas. Apprenez à identifier les plantes toxiques. Une trentaine d’espèces sont mortelles en France et la majorité sont présentes dans les Hautes Alpes. La confusion entre la carotte et la cigüe n’est pas un mythe. Le genévrier commun est un délice dans la choucroute mais le genévrier sabine pourrait tuer un enfant. Alors prudence.

Choisissez des plantes sauvages qui poussent loin des pots d’échappement, des zones habitées, des stations d’épuration, des champs de céréales, des vergers, de toutes les cultures conventionnelles. Dans notre région, il n’est pas difficile de s’élever et d’accéder à des espaces préservés. Mais en montagne prenons garde aux pâturages. Des plantes tout à fait comestibles peuvent devenir dangereuses à cause de parasites véhiculés par les animaux. Le mieux, c’est de respecter un délai de deux mois après le départ des bêtes, surtout si vous êtes amateur de salades sauvages.

Une fois ces précautions adoptées, il ne reste qu’à se faire plaisir, cueillir, goûter, cuisiner, sécher, goûter encore, et repartir en promenade, tous nos sens en redemandent.

Pour en savoir plus, des professionnels sont à votre disposition : 
- Dominique Coll – Les Coll Buissonnière – 06 81 64 07 46
- Laetitia Giroux – Flore des Ecrins –  Facebook – 06 20 96 55 87
- Anne Merry   : www.anne-merry.com  –  06 72 38 01 18

Pour les curieux :
- Le chemin des herbes : les plantes sauvages, Thierry Thévenin
- Le livre des bonnes herbes, Pierre Lieutaghi
- Sauvages et médicinales, Marie-Claude Paume
- Sauvages et comestibles, Marie-Claude Paume