Le retour du loup

Le retour du loup dans les Alpes

Le loup ou le règne de la faune sauvage

Le loup intrigue, interpelle et est souvent sujet à polémique. Aujourd’hui, nous allons retracer son retour dans les Alpes françaises depuis sa disparition totale dans les années 1930.

Pour la rédaction de cet article nous avons rencontré Thierry Maillet, technicien au Parc national des Écrins, expert sur le sujet.

Le loup était encore présent en Europe de l’Est et dans les pays frontaliers avec la France dont l’Espagne et l’Italie.

On remarque que cet animal est perçu différemment selon les pays. Nos contes et légendes ont largement influencé la peur face à cette espèce.

Au contraire, en Italie, le loup est presque sacré. La légende de Rémus et Romulus, élevés par une louve, ont donné à l’animal des vertus loin de la peur inculquée depuis des siècles par nos histoires comme « Le Petit Chaperon Rouge ».

Le loup n’a donc jamais disparu d'Italie. Depuis la population établie, dans les Abruzzes, des individus ont fait des incursions vers le nord, allant jusqu'à traverser la plaine du Pô pour rejoindre les Alpes.

L'indice le plus parlant permettant d'attester sa 1ère présence en France apparaît en 1987 à Fontan où un loup est tué par un chasseur suite à une traque. Ensuite, en novembre 1992, 2 Loups ont été observés dans le Parc national du Mercantour par 2 gardes-moniteurs au cours d'un comptage de chamois.

Depuis 1993, le loup a été placé sur la liste des espèces protégées en France, en conformité avec la convention de Berne (communauté européenne).

Cette convention définit l’interdiction de le chasser. Ces dernières années, un assouplissement de la protection du loup a été mis en place avec des autorisations..., avec une autorisation de tirer les loups en cas d’attaques répétées sur les troupeaux, défini par des arrêtés préfectoraux. Des prélèvements sont également autorisés, sans mise en danger de l’espèce !

Un quota national est délibéré chaque année (soit 40 au total) puis réparti localement.

Chiffres de 2017 (Hautes-Alpes) : 377 arrêtés préfectoraux, 1732 chasseurs habilités (défense et prélèvements)

Indices et suivi

Depuis l'Italie, le loup a d'abord colonisé le sud des Alpes françaises puis a remonté la chaîne des Alpes vers le nord. Certains individus sont partis vers l'Ouest jusqu'au massif central et les Pyrennées.

C’est l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage qui est responsable de ce suivi national, aidé par un réseau d’observateurs bénévoles ou professionnel dont le Parc national fait partie.

C’est grâce aux indices récoltés sur le terrain que les spécialistes sont en mesure de déterminer les zones de présence permanentes. En France, on compte 74 zones (pour 430 individus) dont 57 révèlent la présence de loups établis en meutes.

Le suivi est effectué par différents biais :

  • Les analyses génétiques (excréments) qui permettent notamment de suivre le parcours de l’animal
  • Le suivi des traces dans la neige en hiver 
  • Des pièges photos sont aussi mis en place à des points stratégiques. Au passage de l’animal, l’appareil se déclenche de jour comme de nuit. On peut, de ce fait, voir les animaux de toutes espèces y compris les loups lors des relevés fréquents.
  • Les constats faits sur les troupeaux, morsures, attaques des bêtes. Un protocole est à respecter et est ensuite envoyé à l’ONCFS. La commission d'indemnisation est mise en place par la DDT. Elle détermine si la responsabilité du loup peut être écartée ou pas. Si elle n'est pas écartée, il y a indemnisation.

Tous ces éléments permettent de définir les zones de présence, les populations et leurs évolutions en nombre d’individus ainsi que leurs périmètres géographiques.

Les raisons du retour du loup

Plusieurs raisons favorisent le retour du loup sur le territoire français. Le fait d’être placé sur la liste des espèces protégées et la création des Parc naturel et donnent parallèlement des conditions plus favorables à son retour. L'augmentation de la faune sauvage dont le loup se nourrit est le facteur prépondérant (mouflons, chamois, chevreuil notamment) C’est ce qui a conduit l’espèce de lignée italienne à repeupler les Alpes françaises.

Le loup agrandit son territoire en fonction de la nourriture. C’est la seule chose qui dicte ses déplacements. Les espaces agricoles ont diminué, les forêts se sont par conséquent étendues. Le loup s’établit dans des zones où il a suffisamment de nourriture pour vivre en meute. Il se nourrit principalement de chamois et de chevreuils, c’est un carnivore.

Organisation d’une meute

Une meute se compose d’un mâle et d’une femelle Alpha, ils sont le couple reproducteur. Chaque année, ils mettent au monde une portée de 4 à 8 louveteaux. La reproduction a lieu dans le courant de l’hiver, en février généralement, pour donner naissance au mois de mai.

Les jeunes louveteaux sortent de la tanière au mois de juin, mais toujours sous surveillance. Ensuite, vient l’automne la période de l’apprentissage et du début de la chasse. Les loups resteront dans la meute jusqu’à l’automne suivant entre 12 et 24 mois. Une meute, en France, compte 5 à 7 individus grand maximum.

Rappelons que près de la moitié des individus meurt avant l’âge d’un an. Les hivers rigoureux entraînent une hausse de la mortalité. Les louveteaux sont particulièrement fragiles en fin de période d’allaitement, période à laquelle leurs défenses immunitaires baissent énormément.

Le loup est intelligent comme beaucoup d’animaux sauvages, il s’adapte pour ne jamais mettre en péril la survie de l’espèce.

La régulation de l’espèce

On note l'inhibition des autres individus reproductibles pour éviter la surpopulation.

La régulation de la nourriture

Rappelons que le loup est un prédateur et qu’il n’y aura jamais d’extinction de l’espèce pour cause de manque de nourriture. La meute se divise et les individus partent coloniser d’autres terres et ainsi établir leur propre meute. C'est la régulation des naissances et une taille de meute adaptée à la capacité du territoire à la nourrir permettent au Loup de ne pas épuiser sa ressource alimentaire et ainsi ne pas mettre l'espèce en danger.

La transmission et le passage d’information

le loup est un animal social qui communique des informations à ses semblables.

Le loup dans les Hautes-Alpes

Dans le département, on détecte 16 zones de présences permanentes, dont La Vallouise, La Guisane (4 à 5 individus), La Clarée, Le Champsaur (5 à 6 individus) et Le Queyras.

Pour le secteur de Vallouise, on dénombre 2 loups qui ont été aperçus à plusieurs reprises dans des lieux différents. Les pièges photographiques (au nombre de 5, dans le Parc national des Écrins) permettent d’attester de leur présence sur notre territoire. Reste un doute, s’agit-il de loups de passage, ce qui s’expliquerait par la situation géographique de la vallée de la Vallouise, au carrefour des différentes zones de présences ou bien  d’une meute en train de s’établir sur le secteur… Affaire à suivre !

Pour conclure, le loup est une espèce qui a failli disparaître et est toujours au centre des débats dans nos montagnes. On retiendra que le loup ne s'attaque pas à l'être humain dont il a peur, comme la plupart des animaux.