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Ouverture du refuge des Écrins

Le printemps arrive, les refuges commencent à ré-ouvrir. 

Comme nous vous l'annoncions début mars, qui dit arrivée du printemps dit ouverture des refuges et lancement de la saison de ski de randonnée. Ce samedi 16 mars avait lieu l’héliportage en direction du refuge des Écrins, ultime étape avant l’ouverture. Un grand moment pour Damien HAXAIRE, qui reprend tout juste les rennes du lieu.

Gardien du refuge du Pelvoux durant six années consécutives, une nouvelle aventure s’offre à lui avec une équipe et une fréquentation plus importantes, ainsi qu’un environnement de haute-montagne. C’était donc un grand moment pour lui, qui a travaillé deux mois durant, sur la préparation de cette ouverture.

Avant qu’il ne décolle et ne pose ses bagages à 3 161 m d’altitude, nous l’avons questionné sur ses impressions et son ressenti.

Je suis super content, mais je suis super stressé. Je me décontracterai dès qu’on sera là-haut avec tout le matos.

Damien HAXAIRE

En effet, du matos il y en a ! Depuis tôt ce samedi matin, une dizaine de personnes s’affaire à la préparation des packs. 5 bags au total, et un filet rempli avec minutie et réflexion. Le contenu ne peut excéder un certain poids (600 kg pour être exact) et tout doit être bien compact. Tout au long de la préparation, il joue donc le chef d’orchestre et veille à ce que le matériel soit bien réparti et qu’il ne manque rien. Ces bags sont remplis de nourriture, livrés au fur et à mesure depuis le début de la journée, mais également du matériel nécessaire au bon fonctionnement du refuge.

Un peu avant 10h tout est enfin prêt, l’hélicoptère arrive quelques minutes après.

Au total, ce sont 8 personnes qui vont monter passer le week-end au refuge pour aider le gardien à tout mettre en place. Jeff, l’ancien gardien, est venu lui passer le flambeau. Il en profitera pour l’aider à mettre en route l’eau et l’électricité. Un grand moment !

Nous laissons la parole à Simon, qui fait partie des 8 personnes à avoir aider à l’ouverture, nous raconter ce week-end au refuge des Écrins.

De bonne heure ce samedi matin, sur le parking de la station de Pelvoux, un homme en doudoune rouge tourne autour de grands sacs blancs, un téléphone à l’oreille. Cet homme, c’est Damien, le nouveau gardien du refuge des Écrins. Il s’est préparé depuis plusieurs mois à l’ouverture du refuge, qui a lieu ce jour. Plusieurs voitures convergent vers la zone. En sortent de nouvelles silhouettes en doudoune. Tous se joignent à Damien pour donner la main. Parmi eux, sa femme, des amis, les futures aides gardiennes, le référent du Club Alpin, et l’ancien gardien, Jeff, qui gardera désormais le refuge de l’Aigle.

Après quelques blagues et taquineries matinales, tout le monde s’active. Nous avons 30 minutes pour remplir 4 bags et un filet de plusieurs centaines de kilos de nourriture, matériel, fournitures. Jamais vu un sac de courses aussi rempli ! En peu de temps, tout est rempli, rangé, compacté. Maintenant tout le monde attend une chose : l’hélico.

Par delà les montagnes, le son d’un vol de bourdon se fait alors entendre. L’animal pointe vers nous, vire au-dessus de nos têtes et se pose en douceur près des bags. Un souffle de poussière décape le sol. Des badauds se rapprochent, attirés par l’événement. C’est parti pour 2 rotations de personnel. On s’approche de la machine, courbés en avant, et on glisse les skis dans la cabine. L’animal se réveille à nouveau et décolle. Le vol nous permet de découvrir les magnifiques vallées glacières des Écrins, vues du ciel. Vallon de Celse Niere, Glacier Noir, Glacier Blanc. Passant les arêtes rocheuses du Serre Soubeyran, la Barre des Écrins s’impose à notre regard. L’époustouflante face trône majestueusement face à sa langue blanche de glace et de neige. On aperçoit ensuite le spectateur de ces lieux, le refuge des Écrins, qui passe le temps, sur son promontoire de rocheux.

On arrive sur la drop zone, autrement nommée DZ, située sur le toit du bâtiment. Le bourdon dépose le personnel et repart en piquant droit sur le fond de vallée. Les 2 gardiens filent ouvrir le bâtiment en contre-bas, et les autres dégagent l’accès à une fenêtre à proximité de la DZ. On s’organise pour accueillir les bags. S’ensuivent 5 rotations où l’hélicoptère dépose les bags, bravant les rafales d’un vent du nord qui se lève. Tout le monde est à pied d’œuvre pour accueillir les bags, les décharger, tout passer par la fenêtre, et ranger. Sans perdre une minute, chacun s’attèle ensuite à différentes tâches : rangement, installation du poêle, mise en route de la radio, réglage de la connexion internet… Jeff et Damien font le tour des équipements : c’est là que se joue le passage de relais. D’autre se mettent à pelleter, pendant plusieurs heures. Il faut mettre quelques mètres cubes de neige sur le toit. L’eau de fonte sera récupérée pour l’alimentation en eau.

En fin d’après-midi, on se pose quelques instants sur la DZ. Temps pour nous d’admirer ce paysage grandiose, le Glacier balayé par le vent, les lignes de crêtes qui découpent l’horizon. C’est à ce moment qu’on se rend compte réellement de l’ambiance et du lieu dans lesquels nous sommes. Loin de l’agitation des villes, plaines et fonds de vallée. La montagne nous impose son calme, sa force, sa beauté. Le temps s’écoule ici à un autre rythme.

On finit la journée par quelques bavardages autour du poêle, et par un excellent repas préparé par Damien et ses aides gardiennes. On ne vous donnera pas la recette du gâteau, c’est un grand secret ! Les murs du refuge entendent à nouveau des rires, et la voix des gardiens. Nous nous glissons alors sous les couettes pour quelques heures de repos bien méritées.

Le lendemain, après un petit-déjeuner consistant, nous partons pour Roche Faurio, du moins l’épaule sud, qui semble en bonnes conditions pour le ski. Nous souhaitons un bon début de saison à Damien, qui nous suit d’un regard bienveillant lorsque nous faisons nos premiers virages vers le glacier. Nous mettons ensuite les peaux pour remonter la vallée. De temps à autres, montant en direction des sommets, je me retourne vers ce refuge, témoin du temps, gardiens des alpinistes. Il semblerait qu’une paire de jumelles nous observe…