Les Vaudois

Hérésie et répression

Au coeur des vallées du Pays des Écrins est née l'hérésie catholique la plus longue de l'histoire

Qu’est-ce que le valdéisme ?

Le valdéisme critique les richesses de l'Église, cette dernière est vue comme corrompue. Il rejette les doctrines du purgatoire et des indulgences, source notamment de revenus pour l’Église. Il a pour but de se rapprocher le plus possible d’une vie pauvre, sur le modèle de l’Évangile.

Son origine 

Pierre Valdo, comme son nom l’indique, est le père fondateur du valdéisme. Riche marchand lyonnais, il décide d’abandonner toute sa fortune en 1170. Il veut se rapprocher des Évangiles en vivant dans la pauvreté et en se consacrant à la prédication itinérante. 

Rapidement, sa prédication rencontre de nombreux adeptes, ceux que l’on appelle Les Pauvres de Lyon. Pierre Valdo fait traduire la Bible en française afin que chacun puisse la comprendre. Il est soutenu par l’archevêque de Lyon, Guichard de Pontigny, ouvert aux idées réformatrices, et le pape de l’époque, Alexandre III, accepte ce nouveau mouvement.

Cependant, les choses se détériorent à la mort des deux prélats. Les pauvres de Lyon sont chassés et excommuniés en 1184. 

Le valdéisme continue tout de même de se répandre dans toute l’Europe. C’est en 1215, lors du concile de Latran, que les Vaudois sont condamnés pour hérésie

Les Vaudois des Hautes-Alpes

Pour fuir les persécutions, les Vaudois se réfugient dans les vallées alpines. Au milieu du XIVème siècle, les Vaudois représentent plus de la moitié de la population en Vallouise, et la presque totalité à Freissinières et dans le Val Cluson.

La reconquête spirituelle de l’archevêque d’Embrun : entre prédication et inquisition

En 1366, Pierre Amielh est nommé archevêque d’Embrun. Il mène une politique de reconquête spirituelle des vallées majoritairement vaudoises. Son but : ramener les hérétiques dans le droit chemin par le prêche de la bonne parole. 

Pierre Amielh favorise aussi l’installation de plusieurs ordres mendiants sur son territoire comme les dominicains, en Ubaye et à Seyne, et les franciscains, à Embrun et Briançon. Les ordres mendiants, dans un contexte de fragilisation spirituelle de l’église, se consacrent à la prédication, dans la pauvreté. 

Cependant, cette méthode est aussi accompagnée de moyens plus brutaux : l’inquisition. L’archevêque d'Embrun est soutenu par l’inquisiteur François Borrel. De nombreux Vaudois sont jugés, emprisonnés et, pour certains, condamnés à mort. Pierre Amielh continue sa politique de reconquête jusqu’à son départ, en 1379.

Entre 1399 et 1403, son œuvre est poursuivie par le dominicain Saint Vincent de Ferrier qui vient prêcher dans la vallée de Vallouise. La paroisse de Puy Saint Vincent, auparavant appelée Puy Saint Romain, se renomme ainsi après son passage. La prédication de Saint Vincent de Ferrier est marquée par la conviction que la fin des temps approche. Il faut donc convertir rapidement les hérétiques. 

En été, vous pourrez découvrir la chapelle de Puy Saint Vincent avec Elsa Giraud, guide conférencière à l'Atelier d'Histoire.

La chasse aux sorcières

Après cette période où les tentatives de conversion des dissidents se font plutôt par le biais de la parole, s’ouvre une ère plus sombre marquée par une répression violente

Le juge de Briançon, Claude Tholossan, épaulé par l’inquisiteur Ponce Feugeron, lance une chasse aux sorcières à Vallouise, qui s’étendra ensuite dans tout l’arc alpin. Les sorciers, sorcières, vaudois sont souvent confondus et tous pâtissent de cette répression.

Si vous voulez en savoir plus sur la première chasse aux sorcières de l'histoire de France, rendez-vous sur cette page. 

Églises et peintures murales 

À la fin du XVème siècle, la situation spirituelle des vallées considérées comme vaudoises n’est guère reluisante. Les églises sont en ruines et de nombreux prêtres manquent à l’appel. L’archevêque de l’époque, Jean Baille, décide de reprendre en main la région et lance une grande campagne de restauration des lieux de culte. Des nombreuses églises de notre territoire, comme l’église de Saint-Laurent des Vigneaux ou l’église Saint-Étienne de Vallouise, datent de cette période-là. 

Des peintures murales fleurissent sur les murs de ces nouveaux édifices. Caractéristiques d’un mode de communication médiéval, elles sont pourtant particulièrement nombreuses dans les Hautes-Alpes. En effet, les peintures ont une visée pédagogique, elles se sont donc multipliées dans nos vallées afin de toucher les hérétiques. 

Louis XI, protecteur des Vaudois

Le règne de Louis XI amorce une période de détente pour les Vaudois. Le roi de France, en conflit avec les archevêques d’Embrun pour imposer le pouvoir royal, prend le parti des Vaudois. La vallée, auparavant nommée Val Pute (“la vallée mauvaise”) devient Vallouise en l’honneur de Louis XI.

La croisade contre les Vaudois

Cependant, sa mort, en 1483, enclenche une nouvelle répression violente de grand ampleur. C’est la croisade contre les Vaudois en 1488. Des massacres sont perpétrés dans le Val Cluson, à Vallouise et à Freissinières. 

Face à ces violences, les Vaudois en appellent au roi de France Louis XII. En 1509, le roi les réhabilite lors d’un procès et leur permet de retrouver leurs biens, confisqués lors de la croisade. À cette date, la plupart des Vaudois du Pays des Écrins ont émigré soit dans le Piémont, soit dans le Lubéron.

Les Vaudois et la Réforme protestante

Dans les années 1530, les derniers Vaudois français décident d’adhérer aux thèses de Luther et à la Réforme protestante. C’est la fin de l’histoire des vaudois du Pays des Écrins. Les vaudois piémontais créent, quant à eux, l’Église Évangélique vaudoise.

Les Vaudois piémontais

L’histoire des Vaudois continue dans le Val Pellice. Sous le règne de Louis XIV, les Vaudois s’engagent aux côtés du duc de Savoie et mènent un guérilla constante contre les troupes du roi de France. Ils soutiennent les troupes savoyardes lors de la bataille d’Assietta en 1747, contre les troupes de Louis XV, et infligent une lourde défaite au roi.

Le réveil protestant et la redécouverte de l’histoire vaudoise

C’est au XIXème siècle que l’histoire vaudoise connaît un regain d'intérêt par le prisme protestant. Le réveil protestant essaime en France. Félix Neff, pasteur protestant suisse, exerce sa profession essentiellement dans les vallées alpines. Sa paroisse regroupe des espaces difficiles d’accès. L'on peut par exemple citer Dormillouse, hameau situé dans la vallée de Freissinières. Les habitants mènent un vie rude et Félix Neff n’aura de cesse d’essayer d’améliorer leurs conditions de vie tant sur le plan moral et religieux que sur le plan pratique en les aidant à mettre en place des méthodes agricoles plus productives etc. 

Le personnage de Félix Neff marque l’histoire protestante et attire des voyageurs anglais. Parmi eux, se trouvent les premiers alpinistes. Alliant fascination pour les sommets et foi protestante, ces derniers redécouvrent l’histoire vaudoise et contribuent à la faire connaître à travers leurs témoignages. Edward Whymper notamment, réalise des gravures représentant Félix Neff.